jeudi 23 août 2012

"Cette vie sans internet" ou "Arrkkkrrkrkofarkouic, que quelqu'un appelle un médecin, vite !"

Ô rage, ô désespoir, ô vieillesse ennemie, que n'ai-je donc vécu que pour cette infamie ? Il est deux heures et demi du matin, et internet vient de me lâcher.

Quand ce genre de situation se présente, je suis contrainte et forcée de revenir à cette réflexion que j'ai tellement horreur d'entendre dans la bouche d'un adulte [non, non, je ne suis pas une adulte : j'ai 17 ans ter, moi, môsieur] : "on faisait quoi, avant d'avoir internet ?". Très bonne question : je faisais quoi avant d'avoir internet ? Je noyais, asphyxiais, menais à s'entre-tuer ou exposais à un mélange de vinaigre et de bicarbonate de soude de pauvres fourmis sans défenses. Mais non, je n'étais pas du genre cruelle, à arracher les ailes des insectes ou à les écraser sans pitié ! Je ne m'amusais pas à les brûler avec une loupe ou à les vaporiser d'insecticide, je laisse ça aux sociopathes en puissance qui assassineront des prostituées dans des coins de rue sordides en laissant des messages codés aux types d'Esprits Criminels. Non, non, j'étais parfaitement équilibrée moi ! Je faisais simplement des expériences, des expérimentations très ordonnées qui se montraient toujours très enrichissantes, bien que mes collaboratrices n'en récoltent que rarement les bienfaits. Je ne souhaitais ni les tuer, ni les mutiler, mais c'était quand même vachement drôle quand le bicarbonate de soude se muait en mousse effervescente et semait la panique dans la fourmilière. Pour le reste, je décline toute responsabilité : est-ce mon problème, à moi, si une fourmi ne se rend pas compte qu'elle n'arrive plus à respirer et continue sa descente sous-marine le long d'un bâton partiellement émergé ? Les fourmis sont cons, je suis désolée, j'y peux rien. Tout ce dont on peut m'accuser, c'est de non-assistance à fourmi en danger. Et de séquestration. Et d'attentat terroriste.
Et après on dit que les jeux vidéo portent à la violence ? L'absence de connexion et un demi-hectare de jardin portent à la violence, oui. Après avoir rejoué 147 fois le Seigneur des Anneaux, avoir tour à tour changé le gazon en lave, en marais nauséabond et en piques acérées, être devenue l'esclave de termites géantes et un vampire en embuscade dans les branchages, que me restait-il à faire à part méditer sur la mort avec mes amis les insectes ? Comme toute autodidacte qui se respecte, j'ai fait de grandes découvertes, qui méritent d'être reconnues aujourd'hui. Par exemple, une de mes épiphanies d'Halloween : vous saviez qu'une limace face à une bougie allait se rapprocher irrésistiblement de la flamme jusqu'à blanchir et finalement griller ? Genre c'est pas accidentel, c'est même pas de la connerie comme les mites, à ce stade, vu la vitesse fa-ra-mi-neuse à laquelle elle rampe vers sa mort, c'est carrément du suicide, sans doute un rite sacrificiel consacré à une divinité supérieure du panthéon limaçaire dans le sanctuaire de la citrouille ! Mais non, je ne suis pas sadique, je ne sais pas de quoi vous voulez parler ! D'ailleurs je n'ai jamais cherché à vérifier l'affirmation selon laquelle une fourmi serait capable de survivre plusieurs jours la tête tranchée. Ah bah tiens, en voilà une expérience qui manque à mon panel !.. Mais heureusement pour les fourmis, il est trois heures du matin, je suis en petite culotte, ce n'est pas le moment d'aller faire la chasse aux hyménoptères - bien que, j'en suis sûre, ça ne déplairait pas à mes voisins.

Bref, peu après ma période entomologiste, mais encore avant d'avoir internet, j'ai découvert les joies du jeu vidéo hors connexion. Je me souviendrai toujours de mon premier jeu : "Les Chevaliers de Baphomet : le Manuscrit de Voynich". Je me souviendrai toujours que j'ai passé près de trois heures coincée dans la salle au tout début du jeu juste parce que j'avais oublié d'essayer une combinaison d'objets. Je me souviendrai toujours de l'accent anglais douteux du héros qui passait son temps à me répéter "ça ne marchera pas" ou "je ne vois pas de raison d'essayer ça" alors que PUTAIN FAIS CE QUE JE TE DIS ESPECE DE BIFTECK A DEUX BALLES, tu vas pas me dire que ça a un sens de faire fondre du maquillage dans un gobelet à la chaleur d'un projecteur pour huiler une barre et faire s'effondrer le plafond pour que le coffre de l'étage au-dessus se casse en tombant quand même !? Je me souviendrai toujours de ce PUTAIN DE CHANGEMENT DE CAMERA dans la course-poursuite dans les souterrains qui faisait que je me mangeais systématiquement le mur au changement d'écran et me faisais coller une balle dans la poitrine par une russe à l'accent non moins douteux (c'est aussi ce jour-là que j'ai découvert comment activer les touches rémanentes). Et je me souviendrai toujours d'avoir retapé un quart d'heure de jeu juste pour entendre la fin d'un dialogue que j'avais interrompu sans faire exprès. "Je te lèguerai ma collection de Tintin." Putain.

Malheureusement, aujourd'hui, la grande majorité de mes jeux sont sur Steam. Steam, ce gros connard qui te dit que même pour jouer à Beyond Good and Evil, il te faut internet, alors que putain y'a cinq ans t'y jouais tranquille sur ta PS2 en rushant au maximum parce qu'au fait, c'est ballot, t'as pas de carte mémoire. Mais putain, au moins quand je jouais toute seule tranquille pendant les cours et que je rentrais le soir voir la promo du week-end sur Steam, y'avait pas ce PUTAIN DE STEAMCLOUD pour m'effacer mes sauvegardes à Bit Trip Runner et Super Meat Boy. Je crois qu'il n'y a rien de pire que de finalement réussir à passer un niveau après des heures et des centaines d'échec pour relancer le jeu et t'apercevoir que t'es revenu au tout début du monde. Bref, Steam est une pute, et si tu payes pas d'avance en connexion internet, t'es baisé (ou plutôt pas baisé si on veut suivre la métaphore, mais bon, ça devient légèrement douteux...). Alors je checke les icônes sur mon bureau, et je m'aperçois que les seuls jeux que je n'ai pas sur Steam sont Rift, Aion, The Secret World et League of Legends. Youhou, j'ai même l'icône Wakfu ! Est-ce que bordel il est encore possible de faire quoi que ce soit sur un PC sans internet aujourd'hui ? Ah, oui, je peux toujours squatter le compte Minecraft de KGB pour faire une partie solo. Mais mais mais c'est qu'il faut se connecter au serveur Minecraft pour vérifier les identifiants, FORMIDABLE.

Bon, je rage un peu vite ceci dit, j'ai une quantité non-négligeable de jeux sous disques, autre symptôme de ma stockonite aigüe. J'ai donc une quantité non-négligeable de jeux sous disques, dans mon autre maison. Seigneur Nvidia, ça y est, c'est sûr, je ne hais plus simplement les déménagements, non : les déménagements sont la quatorzième plaie d’Égypte, les déménagements sont le treizième travail inachevé d'Hercule. Les déménagements provoquent le lupus, bouffent ta bande passante, tuent les bébés phoques. Les déménagements sont l'incarnation du Mal sur cette terre, l'alpha et l'oméga de l'inhumanité. Les déménagements... oh putain j'ai sauvé Oblivion !

Bon, maintenant, j'aimerais que quelqu'un m'explique pourquoi je suis allée caser mes sauvegardes d'Oblivion dans un sous-fichier d'un sous-fichier d'un sous-fichier dont j'avais oublié jusqu'à l'existence ? Pourquoi est-ce que mes fichiers de jeux sont mieux cachés que du pr0n ? Est-ce qu'à un moment je me suis dit que "Antichambre du sanctuaire", "Logement des serviteurs" et "Hôtel du Comté" ça faisait des noms de lieux vachement appropriés pour une levrette ? On est dans Oblivion bordel, pas dans Game of Thrones !
Et puis merde encore, ma dernière sauvegarde est dans un souterrain, et j'ai HORREUR des souterrains dans Oblivion - comme dans n'importe quel jeu d'ailleurs. Surtout quand ils ont plusieurs étages. Surtout quand t'as un bruit de fond trop creepy qui vient se substituer à la musique du jeu. Surtout quand tu sais plus si t'es entrée par la droite ou OH PUTAIN, OH PUTAIN Y'A UN TRUC LA c'est juste une caisse éventrée. Bref, je laisse tomber Oblivion.
Sinon, maintenant que j'y pense, j'ai piraté acheté en bonne adepte du néo-libéralisme en pleine crise financière Les Sims 3 et chacun de ses disques additionnels à 40 euros et de ses kits parfaitement useless à 20 euros, parce que c'est vrai que je n'ai que ça à faire de mon argent, j'en ai tellement que je préfère le donner à des entreprises en difficulté comme EA Games ! Bref, je pourrais jouer à ça, mais comme je l'évoquais ici, ma blondasse en mini-jupe adepte du cuir va certainement mourir vierge, et j'ai fini par me rendre à l'évidence que ce jeu me dépasse.

Il est 4 heures moins le quart et internet n'est toujours pas revenu. Listons les choses utiles que je pourrais faire en profitant de l'absence d'internet :
- Dormir > C'est surfait, comme dirait un polytech me traînant en boîte veille de DS.
- Ecrire > J'ai le choix entre revenir sur la pièce de théâtre que j'ai fini depuis un an mais sur laquelle je reviens à chaque fois que je sais pas quoi faire ou être en panne d'idée sur n'importe quel autre projet.
- Lire > Mon bouquin du moment est dans la voiture dehors, il est maintenant 4 heures moins dix et je suis toujours en petite culotte.
- Regarder un film > Excellente idée si je l'avais eue il y a deux heures. Vraiment, quelle faculté à trouver la réponse appropriée au bon moment, je m'impressionne.
- Cliquer au hasard sur des dossiers et faire le concours du plus grand nombre de sous-dossiers > Bah voilà, en voici une idée productive !
Sinon, à propos de démonstratifs je peux toujours feuilleter le numéro de "Voici" que ma mère m'a balancé sur la gueule ce matin dans une naïve mais pleine d'espoir tentative pour me sortir du lit.

Ou bien, en féministe qui se respecte, je peux faire une analyse de mon dossier spécial Bonjour Madame & Cie et regarder quelle proportion j'ai de brunes, de blondes et de rousses et combien il y a de photos en noir et blanc.

Oui, je m'ennuie vraiment à ce point-là.

J'ai donc 78 brunes, 28 blondes, 15 rousses, 1 fille aux cheveux bleus et 13 dont la couleur de cheveux est impossible à déterminer ou... plus que... secondaire... *tousse*. Dont 68 clichés en noir et blanc, soit un peu moins de la moitié des fichiers.
Ah et oui, quelque part, qui traînent, j'ai aussi une blondasse accroupie sur une échelle de piscine, parce qu'elle peut, et deux brunettes qui font le grand écart sur le rebord d'une piscine, parce qu'elles peuvent. La logique des shooters de photos pornographiques érotiques est indiscutable.

Il est bientôt 4 heures et demi, ce qui veut dire que je me lève dans quatre heures pour mon rendez-vous chez le coiffeur, et comme internet n'est toujours pas revenu, je ne peux pas publier. Putain.

13h37, l'heure du geek par excellence. Mais 4 heures de sommeil et une séance de coiffure plus tard, internet n'est toujours pas revenu. Je commence à m'inquiéter sérieusement : et s'il ne sortait jamais de ce coma ? Si les traumatismes étaient trop graves, les séquelles irréversibles qu'il ne puisse jamais totalement recouvrir ses capacités intellectuelles ? Oh, non, mon pieu, je ne sais pas si je serais capable de prendre la décision de le débrancher... De mon côté, je suis épuisée. Les longues heures de veille auprès du malade m'ont comme vidée de ma substance. Je sens bien, par exemple, l'affaissement de ma vivacité intellectuelle. Que de tourments m'habitent !
Ah ben tiens, j'avais pas pensé à un truc : j'ai l'application LeMonde.fr sur mon mobile, je vais tout de même pouvoir me tenir au courant de l'actualité internationale afin de préparer comme il se doit les concours en journalisme ! Parce que oui, j'entends guetter les grands évènements qui vont ponctuer cette année afin de me donner les moyens d'accéder aux meilleurs études possibles dans ma filière. D'ailleurs, j'avais déjà un article du Monde ouvert sur mon portable :

"Que de bordels en Europe !"

Oui, comme à chaque fois que je lis les journaux, je me dis que je vais essayer de comprendre la guerre en Syrie, de voir l'évolution des révoltes dans les mines d'Afrique du Sud, de suivre le cas Assange ou de découvrir quels sont les derniers condamnés du régime chinois et je finis par lire des articles sur des termites kamikazes ou des études sur la pratique de la levrette en France. Vous saviez que chez un certain type de termites qui semblent stocker des cristaux bleus à l'intérieur de..?

1h15: Ô rage, ô désespoir, ô Macintosh ennemi ! Ma connexion est toujours muette. J'en viens à me demander si mon fournisseur d'accès internet ne se foutrait-pas-un-peu-de-ma-gueule-quand-même. Je me dis que peut-être il serait temps de try turning it off and on again, mais je me dis aussi que ma mère dort dans la même pièce que la box, et que j'ai envie de voir le jour se lever demain.


Alors, au bord du précipice, il ne me reste plus qu'une seule solution, puisse Eru Ilúvatar sauver mon âme : je vais faire la même chose qu'avec mon dossier Bonjour Madame & Cie, mais avec mon dossier de nekos.
Et j'ai donc 39 brunes, 23 blondes, 10 rousses, 15 avec les cheveux blancs ou gris, 1 avec les cheveux bleus, 6 avec les cheveux roses ou violets, et 3 avec les cheveux verts (merci aux japonais d'introduire un peu plus de diversité, comment avez-vous deviné que j'adorais le calcul mental ?). Et à partir de là, je vous préviens, la prochaine étape, c'est avec les personnages de League of Legends. Oui, je sais, c'est beaucoup moins aguichant. Mais bon, au pire, vous pouvez toujours tenter de vous imaginer Rammus en bikini et... et... oooh... et... aaah... et... Oh, excusez-moi, j'ai été un instant troublée par une telle explosion de sex-appeal (surtout ne le répétez pas, mais quand j'étais petite, je pensais que c'était sexe à piles).

12h59 : Joie ! Joie ! Joie ! Pleurs de joie ! comme dirait l'ami Pascal. Je m'en suis séparée. Dereliquerunt me fontem aquae vivae. "Internet me quitteras-tu ?" Que je n'en sois pas séparée éternellement.
Oui, en résumé, internet est revenu. Je vais donc pouvoir reprendre le cours de ma vie, lire LeMonde.fr, checker les réponses que j'ai eu sur les forums politiques et... joueeeeer à des mini-jeeeeux sur facebooook cœur cœur smiley cœur !

14h21 : Ô rage, ô désespoir, ô putain de merde ! Alors que j'étais tranquillement en train de rédiger une réponse sur un forum, ma connexion vient à nouveau de se faire la malle. Ô détestable petite chose.

15h06 : Et la voilà, de retour, l'air de rien, genre "Ah bon, t'avais besoin de moi ?" Je la suspecte vivement d'être de mèche avec Erwan [ndlr: mon téléphone portable] qui a mis en place trois stratégies diaboliquement mesquines pour me faire chier :
1) Il reçoit certains messages avec trois heures/jours/semaines/mois de retard. Mais attention, pas n'importe quels messages, et pas dans n'importe quels délais. "Hey, salut, je suis devant chez toi, je peux passer ?" Trois heures de retard. "Si tu veux passer récupérer ton chapeau, je suis sur Montpel aujourd'hui." Trois jours de retard. "Au fait, mardi prochain on a pas géo." Trois semaines de retard. "Tu me manques. Vivement demain qu'on se voit !" Trois mois et une rupture de retard.
2) Mais attention, quand il reçoit les messages, tout n'est pas gagné pour autant. Car ce petit daeva a mis au point un sortilège hautement sophistiqué : il mélange les messages que je reçois à de vieux messages, faisant survenir au beau milieu d'une phrase des vestiges d'une ancienne discussion. J'ai ainsi eu droit un jour à un magnifique "je t'aime mes fesses :o" qui restera dans les an(n)ales. Et là encore, mon portable semble spécifiquement cibler les moments-clefs de ma vie, genre un message revenant sur une rupture encore toute fraîche à l'époque et qui est toujours demeuré incompréhensible à mes yeux, rapport au fait que voilà, je me voyais moyen-moyen demander "Ouais, dis-moi, le discours que t'as fait sur de toute façon on reste amis/je compte encore pour toi/t'as grave les boules/ou n'importe quoi d'autre parce qu'en fait j'ai pas une seule phrase en entier, c'était quoi du coup ? T'es deg' ou pas au final ?"
3) Sinon, tout simplement, mon portable fait de temps à autres une crise existentielle et déclare que "le réseau, c'est has-been". Il décide donc tout simplement, sans préavis, de ne plus capter, alors qu'il n'a pas bougé d'un iota depuis le dernier appel qu'il a reçu avec toutes ses barres, ne me laissant d'autre choix que de le turner off and on again. Et bien sûr, là encore, c'est toujours quand mon agent immobilier doit me rappeler ou que j'attends le signal de quelqu'un pour commencer à me préparer. Genre je kiffe qu'on sonne à ma porte alors que je suis en culotte, pas douchée, pas maquillée et que j'ai encore les sacs de courses au milieu du couloir. "Le réseau, c'est tabou, on en viendra tous à bout !".

Mais bon, comme cette petite fouine de connexion semble avoir quelque peu stabilisé son comportement, avant qu'elle ne se décide à nouveau à changer d'avis :

FEU. (mais pas depuis environ dix heures et demie du soir jusques environ minuit et demi, n'en déplaise à Pascal, j'ai envie de profiter un peu plus longtemps de l'ADSL) [Les littéraires me comprendrons, ndlr].

dimanche 29 juillet 2012

Shaka Ponk ça shake à donf !

Avant toute chose, il est essentiel de dire une chose : PUTAIN DE CONCERT DE TARE DE SA RACE DE SA MERE LA BERGERE ALLEMANDE DE PUTAIN DE WAAAH DE HOOKER BORDEL !
Sur ce, je peux reprendre.

J'étais donc dimanche dernier au festival de Carcassonne pour assister au concert de Shaka Ponk, raison pour laquelle j'ai précipité mon retour d'Espagne - et autant le dire tout de suite au cas où vous ne l'auriez pas compris, c'est-à-dire au cas où vous auriez le QI d'un dessous-de-verre, je ne le regrette pas du tout. Ils envoient tout simplement un max sur scène, et je ne suis pas prête d'oublier ce que je me suis pris dans la gueule.
Et puis, j'étais avec KGB et la Cigale, qui sont quand même les deux personnes les plus cools sur terre.

Le truc à savoir, c'est que ce concert, on peut dire que je l'ai voulu.
L'année 2011 a été marquée pour moi par les deux albums les plus géniaux que j'ai eu la jouissance d'entendre : The Unforgiving par Within Temptation et The Geeks and the Jerking Sock par Shaka Ponk (des fois que vous me pensiez encore cohérente). Je me suis ruée sur la tournée de Within Temptation, alors il fallait aussi que je vois les Ponks. Quand ils ont annoncé le tour, j'étais comme un yorkshire sous amphétamines. J'ai de suite jeté mon dévolu sur le premier concert dans un rayon acceptable et ai patiemment attendu que la date approche. Ce que j'ignorais, c'est qu'allait démarrer là une longue série de déceptions qui ne prendrait fin qu'à Carcassonne.
- Marseille, mon premier objectif, souffrit d'une regrettable coïncidence, j'ai nommé le DS de géographie. Pour mettre ça au clair, il faut d'abord rappeler que j'ai assisté à l'autre concert formidable de cette année, qui était celui de Within Temptation à Barcelone. Problème : c'était un vendredi soir, à 3 heures et demi de chez moi, alors que le vendredi j'ai DS jusqu'à 19 heures. Et comme vous pouvez vous en douter, entre un DS sur un sujet totalement obscur et un PUTAIN DE CONCERT DE TARE DE etc, le choix est relativement vite fait. J'ai donc choisi l'excuse fumeuse et la fuite à l'anglaise, et je passais tranquillement la frontière hispanique pendant que mes camarades dissertaient sur l'Amérique du Sud. Au moins, j'étais linguistiquement dans le thème (oui, oui, je sais, ma mauvaise foi est sans limite). L'ennui, c'est que quand j'ai voulu réitérer mes exploits pour le concert de Shaka Ponk, je me suis aperçue que ça tombait sur le même DS. Avec la même prof. Pour la seconde fois consécutive. Et faut pas déconner quand même, j'étais en prépa *manque s'étouffer avec sa salive*.
- Un bled quelque part pas loin de Montpellier, pas très grand mais vraiment pas loin, devait rattraper le coup. Le souci, c'est que quand je dis pas très grand, je veux dire pas de gare. Et, putain, personne pour m'amener ou me loger. J'ai beau connaître au moins une personne par grande ville française, ma célébrité s'étend pas dans des coins aussi paumés quand même, j'ai pas fait Secret Story quoi !
- Avignon, heureusement, était depuis le début ma roue de secours. J'avais d'ailleurs longuement hésité avec Marseille pour mon choix initial, mais mon impatience m'avait fait lorgner en priorité sur le concert le plus précoce. L'ennui, c'est qu'avec les hésitations et divers retournements de situation, le temps que je m'aperçoive que mon premier plan était tombé à l'eau, avait pu place pour Avignon...
J'étais donc au comble du désespoir quand le programme du festival de Carcassonne a commencé à tomber. A ce moment-là, résignée, je cherchais les dates de tournée de Marilyn Manson et oh putain deux jours après y'a les Ponks qui passent avec une vraie date à eux tout seul ! Parce que bon, de les voir dans un festival où ils chantent trois chansons avant de passer le flambeau, je me serais sentie grave arnaquée quoi, parce qu'en général j'en ai un peu rien à foutre du gars avant et du paumé après. J'ai donc pris mes places avec un immense soulagement, et me suis promis que rien ni personne ne m'empêcherait de m'y rendre cette fois. Pas même l'Espagne.

22 Juillet, 20h30, Théâtre Jean Deschamps, Carcassonne.
Sur scène, les Cats On Trees entament la première partie pendant que l'amphithéâtre se remplit doucement. Leur musique accompagne les grappes de personnes qui arriveront de manière quasiment ininterrompue pendant l'heure à venir, au terme de laquelle les Ponks viendront mettre le feu à la scène. Entre-temps :
- Jules, qui nous accompagne (oui je dis ça parce que j'ai grave la flemme d'expliquer le rapport qu'il entretient avec KGB, alors on va juste dire qu'il était là, parce que voilà, il était là) aborde la vendeuse d'eau. Puis la vendeuse de coca. Puis la vendeuse de glaces.
- On applaudit tous en se tenant par les coudes.
- La Cigale se lève de sa chaise pour se jeter sur KGB et moi, veut se rasseoir, ne s'aperçoit pas que son siège s'est relevé, se vautre comme une daube dans les gradins.
- KGB charrie Jules parce qu'il a abordé la vendeuse d'eau. Puis la vendeuse de coca. Puis la vendeuse de glaces.
- La femme derrière nous trouve qu'elle est trop loin et projette de rouler sur les gens pour se rapprocher de la scène. On lui suggère de sauter par-dessus nous afin d'éviter de nous écraser. La rangée d'après amortira bien assez.
- La Cigale demande pourquoi les gradins sont entourés de rochers sous cloche. Ce sont des lampes.
- On applaudit contre les mains les uns des autres.
- La Cigale note qu'il n'y a que des vendeuses d'eau, de coca et de glaces.
- On fait chacun la remarque, tour à tour, qu'il manque un truc aux Cats on Trees et que c'est une guitare.
- KGB décoiffe Jules.
- Je décoiffe KGB.
- On fait chacun la remarque, tour à tour, excepté l'inculte Cigale, que les projecteurs ressemblent à des tourelles de Portal.
- La femme derrière nous manifeste son intention de se dandiner grave quand les Ponks arriveront, projet que nous plussoyons vivement.

Et puis, ils arrivent.

A partir de là, ça a été deux heures de kiff intégral. Pas une seule chanson qui ne donne pas une folle envie de faire des roulades au milieu de la foule en hurlant à la lune. Surtout quand ils ont interprété How We Kill Stars, le morceau qui m'a rendue fan d'eux quand j'étais en Première (bam, uppercut de vieux dans ma gueule), et que j'ai eu droit à ma séquence nostalgie intérieure. Et, wasabi sur le sushi, profitant du temps de latence des spectateurs, on a pu se glisser au tout devant de la scène pendant les premières chansons, dans un spot de taré avec une super visibilité et vachement de place pour se jeter dans tous les sens comme des malades, ce dont nous ne nous sommes pas privés.
Et les Ponks non plus d'ailleurs.
Tout au long du concert ça a sauté, roulé, imité le singe, slalomé entre les caméras, craché, glissé entre les jambes du guitariste, et secoué la tête dans tous les sens.

(navrée pour la qualité photo plus que misérable de mon téléphone portable, qui jadis faisait des photos tout à fait acceptables)


Et puis Sam est trop bonne.
Samaha Sam (chanteuse), avec sa délicieuse peau sombre et sa coupe afro est putain de sa mère de bien foutue, en plus d'être salement charismatique. Conséquence logique de cet état de fait : tout le long du concert j'ai eu droit à me faire hurler dans les oreilles par la Cigale "je veux épouser cette fille", en particulier pendant la partie du concert où, s'étant fraîchement délestée de son haut, Sam avait un téton qui dépassait de sa brassière. Je pense que ça a focalisé l'attention de tout le premier rang pendant cinq ou dix minutes, le temps qu'elle s'aperçoive à quel point elle était merveilleusement indécente.
Sinon, à part ça, KGB m'a gueulé dans l'oreille à deux reprises. Je crois que ça vient se hisser en troisième position dans la liste des sensations les plus désagréables en concert, derrière le projecteur au concert de Nightwish qui a décidé de me désintégrer la pupille et mon âme avec et la fangirl obèse blonde à mèches roses, habillée tout en rose, couverte de sueur et de larmes qui me harcelait de coups de coude dans le dos pour se rapprocher d'un demi-centimètre de Jared Leto au concert de 30 Seconds to Mars. Quoi qu'en y repensant, j'ai mis trois jours à récupérer mon oreille droite en sortant du concert de Within Temptation, alors KGB était peut-être pas si terrible.

C'est le lendemain qui a été plus douloureux.

Ce moment où, la peau encore couverte de sommeil, ton corps vient te rappeler que tu as pogoté comme un échappé de l'asile pendant deux heures non-stop. Ce moment où tu te rappelles soudain avoir secoué la Cigale comme un prunier dans les meilleurs passages et t'être retrouvée coincée contre la scène pendant le rappel. En bref, ce moment où chacun de tes muscles décide de faire défection et où chacune de tes articulations décide que non, ça suffit pour aujourd'hui, tu restes couchée ou je me barre sans te demander ton avis. Cela doit partiellement expliquer pourquoi la plus grande partie de la journée a été consacrée à boire des bières et à s'en remettre aux soins du fauteuil massant qui trônait fièrement chez KGB.
Et en plus, il était chauffant.

Bref, un concert du tonnerre de Volibear qui nous a transformés en larves pour la totalité du lendemain. Et pas que physiquement, vraisemblablement, puisque, de retour à Montpellier, la Cigale a aperçu un gamin qui faisait le poirier et s'est exclamée : "hey, regardez, il fait le pommier !". Voilà, je devais faire ce témoignage avant que le souvenir ne se fonde dans les méandres inextricables de ma mémoire. La Cigale nous aura vraiment fait rêver jusqu'au bout.

Et à part ça, j'ai eu Reset After All coincé dans la tête pendant trois jours. Et merde, c'est reparti.

samedi 21 juillet 2012

Au pays dagad'Aragon il y avait tugud'une fille qui aimait les glaces au citron et vanille

J'ai définitivement passé trop de temps avec KGB et la Cigale cette année. Je dis ça rapport au fait que sur une soirée passée à Barcelone, j'ai passé plus d'une heure assise Plaça Catalunya avec KGB à mater le cul de toutes les passantes et en les notant sur une échelle que je n'oserai pas citer ici.

[A part ça, j'écris actuellement dans une position dans laquelle je n'aurais pas cru possible d'écrire, Shawn à peine ouvert, à la verticale, sur mes genoux, de sorte à ce que je passe à peine mes mains et ne peux pas voir l'écran, coincée par le fauteuil baissé de mon voisin de devant dans le bus qui me ramène en France.]

De retour en France et à l'horizontalité, je suis enfin capable d'entrouvrir mes yeux tout plein de sommeil afin de faire le point sur mon séjour en Espagne. Globalement, sur 10 jours passés chez nos voisins hispaniques, j'ai dû en passer 6 à dormir, 3 à regarder des séries, et 1 à faire des choses effectivement utiles comme manger des chocalates con churros ou admirer le paysage. Ah oui, j'ai aussi joué aux Sims, un peu. Je vous demande pardon de ruiner ainsi l'estime que vous pouviez avoir de moi, mais je reste perpétuellement fascinée par le manque de réalisme de ce jeu. Je n'ai aucun problème avec le fait qu'un sim reste enfermé pendant des heures dans la salle de bain parce que le chat s'est endormi devant la porte, passe encore que la DDASS ne vienne pas chercher mon bébé qui dort sur le gazon à côté de la poubelle parce que j'ai la flemme de trouver un emplacement pour le berceau, mais il y a un moment où le jeu dépasse tout simplement les bornes. Ma blondasse en mini-jupe adepte du cuir va certainement mourir vierge. Ca me dépasse totalement. Mais passons.
Ce séjour en Espagne a donc été l'opportunité pour moi de célébrer le disque dur de mon ordinateur en découvrant ou retrouvant Generation Kill, Game of Thrones, The Big-Bang Theory, How I Met Your Mother et Futurama. En résumé, j'ai passé mes journées dans un lit à contempler des balles, des désastres sociaux et des levrettes en HD. Franchement, j'ai connu pire que deux semaines de freeleech sur mon tracker. Mon disque dur, en revanche, a un peu de mal à s'en remettre. Heureusement que le disque dur externe de KGB est là pour lui porter assistance dans les moments difficiles. (Oh fuck ça veut dire qu'en cas de rupture, va falloir s'entendre sur le partage des fichiers. Bon ben je resterai avec KGB rien que pour pas risquer de perdre la garde de Game of Thrones, et puis aussi parce que la Cigale a dit que ça lui briserait le cœur si on se séparait. Pfff, obligée de sacrifier ma propre vie pour préserver le bonheur des autres !)
En bref, ce séjour a été l'occasion pour moi de faire exactement la même chose que d'habitude, mais à plus haute fréquence, ce que je ne croyais pas humainement possible vu ma bande passante et l'argent que je claque à chaque promo sur les DVDs. Amazon.fr est un peu le steam du cinéma pour moi.

A ce sujet, j'ai explosé de rire quand j'ai vu cette image sur 9gag:


Navrée pour cet aparté, mais j'avais besoin de partager les yeux brillants de Patrick, je le trouve tellement émouvant dans cette performance...

Du coup, pour en revenir à nos moutons, ou plutôt à nos pingouins vu que je fréquente un linuxien, j'ai passé ces deux dernières années à stocker un nombre de films et de séries qui me dépasse totalement et dont je ne suis pas sûre de venir à bout un jour. Je suis comme ça, je souffre de stockonite aigüe. Mais c'est quand même moins flippant que de jeter un œil à ma bibliothèque. Ainsi, bien que j'ai pratiquement arrêté d'acheter des livres depuis un an passé, je dénombre au minimum 300 ouvrages restés vierges, qui essayent désespérément de me faire les yeux doux depuis leurs étagères respectives. Je pense que le rayon le plus dramatiquement délaissé est celui des livres de philosophie, depuis que j'ai compris que mon anthologie de textes de terminale constitue un bien meilleur rapport temps investi/note au DS que la liste de lecture distribuée en début d'année. Je manque chaque fois de m'étouffer quand mes profs s'extasient sur mon "incroyable culture philosophique", clamant que c'est "impressionnant d'avoir lu autant à [mon] âge". Microsoft me garde si l'un d'entre eux découvre un jour la supercherie et s'aperçoit que je ne connais en réalité que quinze lignes de chaque auteur. Mais nous nous éloignons du sujet, et nous devrions laisser là ma bibliothèque bodybuildée dont je me demande chaque jour comment elle peut supporter un tel poids. Ils se foutent pas de votre gueule, chez Ikea, ils vous filent des meubles sous stéroïdes.
Et là je réalise subitement qu'il va me falloir sacrifier une étagère pour mes bouquins de politique et de journalisme. Mais à la réflexion je crois que je n'aurai pas besoin de 10 dictionnaires d'anglais cette année, alors c'est un faux problème. J'hésite entre les transformer en armes de jet ou les ficeler à un balai et en faire des massues. Dans les deux cas va me falloir un permis de port de littérature.

Mais nous nous éloignons de l'Espagne et de mes preuves de bonne volonté: j'ai quand même pris 5 livres avec moi pour le séjour ! Ce qui se traduit par : j'ai lu un chapitre de Do Androids Dream of Electric Sheep par Mr. K. Dick, et j'ai alourdi mon sac inutilement. Ce qui est relativement secondaire tant qu'il reste vautré sur un lit à Villel, mais est pas top top du pot de miel quand je dois me le trimballer sur les ramblas à Barcelone. Heureusement que KGB est un homme fort *tousse* et serviable. Et puis l'avantage, c'est que rester une heure assis sur un banc Plaça Catalunya à mesurer la platitude des barcelonaises, ça m'épargne de devoir soulever ce maelström de vêtements, de bouquins, de vêtements, de DVDs et de vêtements.
On aurait tort toutefois de penser que mon séjour en Espagne s'est limité à des blagues douteuses et des gémissements en VOSTFR. C'était aussi être accueillie à la sortie de la gare routière par un "La lucha es el unico camino" qui ne peut que me faire sourire. Un jour j'espère que je vous parlerai de la rue et de ce qu'elle représente pour moi, familière et surprenante à la fois, espace de liberté et d'abolition de la propriété. Bref, je la kiffe grave, et ce tag est un de ces signaux qui m'indiquent qu'un de mes semblables est passé par là. La rue est à tous les humains, mais surtout à ceux qui savent regarder (en même temps vous me direz, y'a pas besoin de grands talents d'observation pour capter une phrase salement torchée à a peinture noire sur toute la longueur d'un mur, mais passons.)
C'était aussi, aussi (oui, aussi), le soleil. Le PUTAIN DE FILS DE SA MERE DE BORDEL DE HOOKER DE SOLEIL. A part ça, j'aime l'été, hein. J'aime transpirer comme une otarie au Sénégal, rendre mes vêtements adhésifs et avoir l'impression de soulever une altère en portant à mes lèvres un verre de coca. Parce que la chaleur a une fâcheuse tendance à multiplier mon coefficient de chochottitude par dix. Je couine dès qu'il me faut mettre un pied devant l'autre, surtout si c'est en pente. Et putain, là où j'étais, c'est partout en pente. En plus, pas de piscine, parce que KGB - comme absolument tous les mecs que je connais si bien que je me demande bien où ils dégottent leurs clients dans les piscines municipales - se refuse catégoriquement à porter l'uniforme règlementaire du slip de bain. Je vois là un signe de déni de la société moderne et de rejet des normes sociales qui ne peut que le mener, inévitablement, inéluctablement, sans alternative et d'une façon certaine à l'incendie de voitures. Et le pire dans tout ça, c'est qu'il est trop vieux pour être délinquant (d'ailleurs je devrais peut-être me mettre aux graffitis avant de passer l'âge moi aussi, histoire d'avoir une jeunesse, merde !).
Mais point positif : la maison où je logeais était un microclimat à elle toute seule. Genre la température baissait de dix degrés à peine je faisais un pas dedans. De quoi se choper un choc thermique en allant chercher le pain. Bref, le bonheur quand je m'imagine à agoniser devant ma baie vitrée montpellieraine. Vous saviez que le record de température au mois de Juillet à Montpellier était de 37,5 degrés ? Bon, il a été enregistré en 1990, mais il a de quoi soulever les angoisses les plus profondes et porter mes fantasmes aux confins de l'horreur. Et me porter à lire l'article Wikipédia concernant Montpellier, putain, j'ai rien de mieux à faire de mon samedi soir. Ouais, en fait, c'est kinda rassurant. J'ai eu tellement de samedis soirs qui se sont terminés des dimanches midi cette année, de réveils moites dans des lits bancals (non non, rien de sexuel, je vous assure), de fringues imprégnés d'alcools divers et de tâches suspectes (là encore, rien de sexuel... enfin je l'espère du plus profond de mon cœur) sur mes pavés que j'ai eu une subite vocation pour l'habit de nonne une fois ma prépa bouclée. Seigneur Nvidia tout-puissant, comment pouvais-je émerger de 4h de sommeil la bouche pâteuse et les yeux irrités, alors que je dors jusqu'à 16 heures par jour depuis un mois ? Je m'attendais à un contre-coup, pas à me faire incruster la face dans le PVC par mon horloge biologique.
Il y a quand même un avantage non-négligeable à être narcoleptique amateur, qui est celui de pouvoir se désactiver dans certaines situations particulièrement pénibles intellectuellement. Genre être en panne d'inspiration pour un oral de philo à préparer pour le lendemain. Ou, en l'occurrence, endurer 11 heures de bus avec la populace locale pour pouvoir retrouver son pays. Et encore, 11 heures, c'est théorique, parce qu'on sous-estime trop souvent la faculté des chauffeurs de bus à être des débiles mentaux. Mais nous y viendrons en temps voulu.
La première partie du trajet, jusqu'à Barcelone, était plutôt inspirante. Elle se faisait en journée, ce qui laissait mon esprit suffisamment vif pour méditer sur la philosophie kantienne. Ainsi, j'ai entrepris une réflexion sur son fameux principe d'universalité, incitant à régler sa conduite de la façon suivante: "Agis toujours de façon que tu puisses vouloir que la maxime de ton action devienne une loi universelle". Règle qui, par exemple, exclue le meurtre, à moins de vouloir enclencher une 3ième guerre mondiale et réveiller les gosses d'Oppenheimer en plein milieu d'une nuit agitée. Toutefois, je ne me suis jamais posé la question concernant une cible précise. On est d'accord, le meurtre gratuit et aveugle ne peut pas être désiré comme loi universelle. Mais qu'en est-il d'un individu précis, correspondant à des critères précis, que tout le monde devrait vouloir abattre ? Genre le gosse devant moi et sa formidable tête à claques ? Est-ce que vous comprendriez si je vous disais qu'il avait une tête aimantée, qui attirait irrésistiblement les coups de poings dans la gueule ? Il articulait l'espagnol plus vulgairement qu'une prostituée texane et sentait la sueur à plein nez (à moins que se ne soit sa grand-mère, dont l'accent n'était pas moins vulgaire et qui portait un blondasse digne d'une serpillère décharnée, mais bon, celle-là, c'était KGB qui se la carrait). Et puis, je suis désolée de le dire, mais il était gros, et chez un gamin de son âge et de son attitude le tour de taille et la densité des joues sont des multiplicateurs du coefficient de tête-à-claquitude. Pendant tout le trajet j'ai eu des flashes de moi en train de lui garrotter le cou par-derrière, et même aujourd'hui, en y repensant, j'ai des envies de meurtres sanguinaires avec des morceaux de chair et de cerveau qui volent dans tous les sens et un affreux splash comme dans les dessins animés.
La deuxième partie du trajet fut heureusement plus calme. Après six heures d'attente à Barcelone qui m'ont permis de constater que chez Burger King grand voulait dire GRAND et la séance de ass-hunting à la tombée de la nuit, le bus a bien entendu commencé par une demi-heure de retard à la gare-routière-de-Barcelona-Norte-qui-est-étrangement-au-sud-de-la-ville-pour-être-Norte. Et comme il était blindé, j'ai fini tout au fond avec une espagnole qui-dépassait-presque-de-son-siège-mais-pas-tout-à-fait et son mari, originaire d'une nation arabe non déterminée et qui avait des yeux remarquables. Ils avaient l'air gentil, et tout aurait pu bien se passer s'ils n'avaient pas été situés de part et d'autre de moi et n'avait donc décidé de poursuivre leur discussion par-dessus moi (même si concrètement c'était plus au travers). Et d'ailleurs, le mari invectivait une troisième personne en arabe derrière moi, ce qui donnait une cacophonie des plus stimulantes si vous projetez de vous jeter par la fenêtre du bus. Certes la discussion s'est vite arrêtée, mais en plus, j'étais totalement écrasé par le fauteuil de mon voisin de devant qui n'avait vraisemblablement aucun mal à dormir de son côté. Tandis que moi, j'avais les yeux ouverts comme un hibou et je regardais l'heure s'avancer dans la nuit, en ayant pour seule réflexion, toutes les trente secondes quand le bus affichait la température, que 27° C dans cette police d'écriture et en inversant l'axe vertical ressemblait étrangement à "Slot". Bref, j'étais désespérée. Mais peu avant la frontière, il y eu un arrêt, au cours duquel je pus éponger mon agoraphobie dans une crise de boulimie-minute.

Puis, il y eu la reprise (lire avec une voix de narrateur de reconstitution historique télévisée).

Et je ne sais pas pourquoi, mais la conversation arabo-hispanique qui m'entourait a repris du poil de la bête à ce moment-là pour, approximativement... tout le reste du trajet. Reste du trajet qui devait durer une heure et demi. Reste du trajet qui en a duré deux et demi. Rapport au fait que le type du bus a dû changer une ampoule. Rapport au fait qu'il a mis 25 minutes à changer une ampoule. Rapport au fait qu'il s'est blessé et qu'il a fallu lui mettre un pansement. Rapport au fait qu'il a fallu 10 minutes pour lui mettre un pansement. Rapport au fait que 500 mètres plus loin la Guardia Civil a effectué un contrôle d'identité sur les passagers. Rapport au fait que la Guardia Civil a une propension à demander aux gens de vider l'intégralité de leur sac assez plaisante à 3 heures et demi du matin. 3 heures et demi du matin. Putain, j'étais déjà censée être à Béziers depuis un quart d'heure, et on avait même pas encore passé la frontière.

Bref, je suis arrivée à Béziers à 5h10 du matin, et j'aime autant vous dire tout de suite que même Toutankhamon est moins mort que Béziers passé 19h30 - alors imaginez à 5h10 du matin. Là encore, je bénis la force *tousse* et la serviabilité de KGB qui m'a aidée à porter mon sac, alors que je me répétais en boucle que la bouteille d'eau que j'avais dans un sac plastique ferait une bonne fronde en cas d'agression et oh mon dieu j'aperçois une silhouette là-bas à cette heure-ci ça ne peut qu'être un trafiquant de drogue qui veut me violer oh putain oh putain il se rapproche il est presque là putain il est là aaah aaah il est passé à côté c'est bon il s'éloigne est-ce que j'ai toujours mon portable dans ma poche putain. En fin de compte, à 6 heures moins vingt j'ai basculé dans le lit dans l'attente angoissée du sommeil qui ne venait pas, me répétant sans cesse cette phrase trouvée dans Kushiel de Jacqueline Carey : "Il y a un stade dans l'épuisement où le sommeil ne vient plus que difficilement". Ouais enfin, comme à chaque fois que je me répète ça, je me suis quand même endormie comme une daube en moins de cinq minutes.

Tout ça pour dire que j'ai été en Espagne, que j'ai vu des trucs cools, que j'ai bouffé des trucs encore plus cools, mais que je suis incapable de faire un compte-rendu sans me noyer dans d'anecdotiques détails totalement secondaires et qui ne révèlent rien de ces dix jours passés en Aragon. Mais que voulez-vous, je ne sais que râler et garder les bons moments pour moi - rien à foutre, c'est à moi, rien qu'à moi, vous avez qu'à profiter de la vie au lieu de rester là devant votre PC à oh mais non oubliez putain je veux pas perdre le peu de lecteurs que j'ai.
En résumé-de-pas-du-tout-résumé-puisque-finalement-j'en-suis-pas-vraiment-venue-là-dans-cet-article-et-oui-j'aime-faire-des-mots-à-rallonge, j'ai passé de chouettes journées à me dorer vautrer la pilule en Espagne, à baver sur Emilia Clarke (aka Daenerys Targaryen pour les infidèles du générique) et à manger des chocolates con churros, du saucisson, du fromage et des tortillas à profusion !

Et puis j'ai fait de la balançoire de nuit, putain.
Trop hardcore.