samedi 26 janvier 2013

Capharnahome

Le plus grand enseignement que j'ai tiré depuis que j'ai quitté le domicile familial pour partir faire mes études en prépa puis en science politique, c'est que s'il un est moment de misère dans une vie humaine, un de ces instants transcendants qui te rappellent à ta condition de mortel, c'est quand la brosse à chiottes se dévisse et qu'il ne te reste plus que le manche dans la main.

Sur cette anecdote appétissante, je peux entamer mon article.

Vous l'aurez deviné (enfin j'espère), cet article va porter sur un évènement de nature exceptionnelle, qui relègue les éclipses solaires au rang de foire du quartier : moi, "en train de ranger". Bon, d'accord, j'exagère un peu, c'est peut-être pas si exceptionnel que ça. Mettons que c'est... de fréquence comparable à celle des bulletins de note. Le bon côté, c'est que les crétins vulgarisateurs de la télé que je ne regarde pas ne pourront jamais me ranger la catégorie "ménagère de moins de 50 ans". Dans le meilleur des cas, j'entrerai dans la case "intellectuelle incapable de moins de 50 ans".

Toujours est-il que je n'ai jamais eu pour le ménage un grand amour. Vous comprenez bien que, pour aimer le monde comme je l'aime et être aussi sensible que je le suis, il me faut bien faire un peu de place dans mon cœur, et malheureusement, il n'en reste plus assez pour les tâches ménagères. Ou les gosses. Ou les types qui jouent de l'accordéon dans le tram. Ou Nicolas Sarkozy.

(Vous remarquerez que jusqu'à présent, mon article est exceptionnellement aéré. Vous croyez que c'est d'avoir dû travailler sur Wordpad pendant trois jours qui m'a habituée aux sauts de ligne automatique ? Je ne peux pas laisser faire ça.)

Bien, reprenons, et avec un peu plus de densité je vous prie. Oui, Pingoo le Hipster, je peux déjà t'entendre râler. Mais rassure-toi : c'est pour toi que je fais ça, muhahahahhaa [Ce rire diabolique vous était offert par Cochonou. Cochonou le vrai bon goût comme on l'aime chez nous !]

 (Euh, je sais pas vous, mais leur publicité pour le Cochonou 1928, ça me met moyen la bave aux lèvres, ça fait genre comme le vin, le saucisson qui vieillit depuis presque un siècle. Remarque, ils devraient essayer de vendre ça aux anglais : les anglais ils aiment bien mettre des fruits dans un gâteau et laisser ça fermenter pendant un an pour parvenir à la densité ultime (si si, pire que mes articles), c'est une tradition, là-bas).
 
Toujours est-il que : contrairement à ce que cherche à vous faire avaler le complot des aérophiles (à la tête duquel siège ma diabolique prof de littérature de première année, j'ai nommé La-Garce-en-deux-mots), la densité, c'est utile.
D'abord, c'est utile, parce que si le sol était pas dense, ben, on passerait à travers. Et non, vous là-bas, je vous prie de vous taire, mon argument est scientifiquement indiscutable. Ensuite, c'est utile parce que ça économise du papier. Genre quand le bureau des Relations Internationales a ton bloc-note en otage depuis 10 jours, que tu es incapable de payer ta rançon de temps au bâtiment 1 parce que les horaires d'ouverture sont inférieurs ou égaux à tes horaires de cours, et que tu as en tout et pour tout une copie vierge d'examen que normalement t'avais pas le droit de garder pour écrire ton cours de sociologie du journalisme jusqu'au jour incertain où tu finiras par trouver un créneau miraculeux, eh ben, je peux te garantir que t'as intérêt à écrire dense (comment ça t'as déjà oublié le début de ma phrase ?). Enfin, c'est utile pour ranger. Genre pour mettre des trucs dans la poubelle. Genre mettre le mouchoir dans le pot de yaourt dans la boîte à sucre dans la boîte à gâteaux dans le sac de MacDo dans le sac poubelle. Parce que oui, la vérité est là, juste sous nos yeux l'évier : la poubelle est la base de tout.

(Plus aucune poubelle ne ressemble à ça de nos jours).

Inventée en 1884 par Eugène Poubelle, préfet de la Seine qui lui a donné son nom (you don't say), la poubelle est un récipient, généralement étanche, destiné à recueillir les ordures, garbage et autres basura. A l'origine, elle était destiné à lutter contre l'encombrement des rues parisiennes par les déchets, et fut l'élément de voûte de l'organisation de l'enlèvement des ordures ménagères...

Oui, la poubelle est la base de tout, parce que c'est le truc putain de chiant par excellence. Chiant parce que c'est sale, et que des fois, ça pue. Bon, d'accord, dans mon alimentation presque exclusivement constituée de pâtes et de steacks hachés, ça ne va en général pas plus loin qu'un amas de plastiques sans résidus, avec de temps en temps un mouchoir ou un pot de yaourt (Ah ! Les joies de la malbouffe !). Dans le pire des cas, les écorces de mandarine aspirent à devenir des pots-pourris. Mais bon, c'est pas parce que ma poubelle a belle gueule et est bien parfumée qu'elle est pas chiante pour autant ! Parce que bon, surtout, la poubelle, il faut la sortir, et c'est bien pour ça que j'aime pas les chiens. Genre j'ai pas que ça à foutre de l'amener aller faire ses besoins au point de collecte. Genre je rentre chez moi, le premier truc que je fais, c'est d'enlever mon manteau. Le deuxième truc que je fais, c'est d'enlever mes chaussures. Le troisième truc que je fais, c'est d'enlever mon pantalon. Le quatrième truc que je fais, c'est d'enlever mon soutien-gorge, si je peux le faire sans enlever mon haut, faute de quoi j'enlève d'abord le haut. Alors vous pensez bien que j'ai autre chose à foutre en cinquième truc que de tout remettre pour aller sortir la poubelle ! [Je tenais à transmettre mes excuses à mes chers lecteurs, mais ce strip-tease littéraire s'arrêtera ici. Veuillez contacter KGB pour de plus amples informations]. Du coup, ben la poubelle attend. Attend. Attend. Et au bout d'un laps de temps qui lui paraît interminable, enfin, elle ne peut plus rien avaler. L’échafaudage qui la constitue atteint un niveau de précarité suprême. C'est seulement à ce moment qu'enfin, les ordures commencent à s'entasser dans le sac Speed Burger à côté. La poubelle attend toujours. Bref, je suis Godot.
Et s'il y a une chose pire que de vivre seul et d'avoir la flemme de sortir la poubelle, je peux vous le dire : c'est de vivre en concubinage, d'avoir la flemme de sortir la poubelle, mais d'avoir l'espoir que l'autre craquera avant vous. En général, ça marche. Par exemple, avec KGB, on a un deal : je fais la vaisselle, il fait la cuisine. Seulement, il y a une faille dans le contrat, faille que j'exploite allègrement en me gardant bien de reporter le bug. La fréquence n'est pas précisée. Il est juste sous-entendu que la vaisselle est nécessaire pour l'accomplissement des miracles culinaires KGBiens (vous devriez le voir à l'œuvre : il ramollit les pâtes en les plaçant dans un récipient rempli d'eau chaude, il change le goût et la couleur de l'eau en y plaçant un mystérieux sachet en provenance de terres lointaines...). Seulement, il y avait une chose à laquelle KGB n'avait pas songé : je tiens beaucoup mieux le jeûne que lui. Je dois ça à mes longues traversées du désert en classe préparatoire, où je passais des jours à errer sans trouver de nourriture dans mes placards, seulement guidée dans les heures les plus sombres par un énigmatique taureau rouge qui m'aidait à tenir jusqu'à l'aube... Bref, je peux contrôler ma dalle trois jours sans problème, pas KGB : au bout d'un moment il finit par craquer.
Seulement, le souci, c'est qu'avec la poubelle, ça ne marche pas. Nous cultivons tout deux une indifférence égale à son égard, et forcément, au bout d'un moment, on est à cours de sacs Speed Burgers et de packs de bières vides où fourrer les déchets. Du coup, s'accumulent un peu partout des objets hétéroclites qui façonnent le décor de notre appartement. J'ai ainsi pu dénicher dans mon modeste essai ménager de cette fin d'après midi : des enveloppes vides, un paquet de céréales vides, un paquet de cookies vides, trois gels douches vides, une bouteille de jus d'abricot vide, une boîte à sucres (vide, comment vous avez deviné ?) trois couronnes de la fête des rois (le score étant de KGB 2 - moi 1, mais parce que je lui ai généreusement dans un geste plein d'amour laissé la fève alors que je savais où elle était), des troupeaux de poussière, une foultitude de tickets de caisse, SEIZE rouleaux de papier toilette vides et trois bouteilles de grenadines... oui, vides, encore (plus une quatrième qui les attendait déjà à côté de la poubelle).

Je pense qu'à ce stade nous sommes devenus suffisamment intimes avec la poubelle pour lui donner un nom. Appelons-là Andréa [Toute ressemblance avec une personne existant ou ayant existé ne serait que fortuite. Non, sérieux, je connais personne qui s'appelle Andréa (à part Mlle. Parker dans le Caméléon)]

Andréa, donc, vit elle aussi en colocation, comme je vous l'avais expliqué, avec des sacs de Speed Burger (je vous jure que je n'ai pas d'actions chez eux), des packs de bières vides et les bouteilles de bière vides qui sont à part, même si ça prend deux fois plus de place, parce que KGB est un chic type qui croît vaguement au tri sélectif. Enfin bon, c'est pas grave, au moins j'ai trouvé un endroit où fourrer les cartons de papier toilette. Toujours est-il qu'Andréa... ah, attendez, j'ai oublié de vous gratifier d'une GRANDE nouvelle !

J'ai résolu le mystère de l'assiette disparue.

Bon, d'accord, je n'avais qu'une vague idée de ce mystère, parce étant donnée mon assiduité à faire la vaisselle, je n'étais jamais vraiment sûre de rassembler toute la vaisselle (ni jamais vraiment sûre d'essayer, d'ailleurs). Toujours est-il que j'avais le vague sentiment que quelqu'un manquait à l'appel. Mais bon, comme je n'avais pas encore regardé sous le lit, il n'y avait pas encore de quoi s'affoler. Cependant, tout à l'heure, je décidais tristement de mettre un terme à la colocation improbable d'Andréa et d'Alphonse l'arrosoir, pour l'exiler sur la terrasse avec le cadavre de son ex-femme, le piment d'Espelette oublié. Maintenant...

... est ce que quelqu'un peut m'expliquer ce qu'une assiette remplie de riz fout par terre sur ma terrasse !?

Je crois que cela fait partie de ces grandes énigmes insolubles de la vie humaine. Encore plus fort que l'enquête pour découvrir l'identité du poseur de mégots dans le piment d'Espelette (Marshall on a tous reconnu là ta signature !) [Ca fait bizarre d'invectiver quelqu'un dont je suis presque sûre qu'il ne me lit pas, mais bon, peut-être que quelqu'un qui le reconnaîtra aura pitié et lui dira que je parle de lui, et ça me fera une visite en plus, muhahaha - hey, mais en plus je viens de me rappeler que Marshall connaissait l'identité de ce blog, alors qui sait, peut-être qu'il n'a vraiment rien à faire de ses journées ?].

Vous savez, en bientôt trois ans de vie post-maison familiale, j'en ai traversé des épreuves. L'éponge qui pourrit. L'invasion de moucherons. Le congélateur qui me fait un reboot de l'Age de glace. Le fameux épisode des pommes de terres estivales² [Parce que je sais pas faire le petit 1, alors ce sera directement la note numéro 2]. Mais jamais je n'ai eu à affronter un moment aussi pathétique que celui-ci.
L'épisode sus-cité de la brosse à chiottes démissionnaire.

C'est un jour comme un autre au pays des toilettes. Mlle. Albertine, la brosse à chiottes (c'est le début de phrase le plus étrange qu'il m'ait été donné d'écrire de toute ma vie), a décidé d'aller prendre un bain. Elle est une nageuse expérimentée, mais néanmoins, elle met toujours son manche de sécurité. Elle fait donc paisiblement trempette mais, au moment où elle décide de sortir de l'eau pour aller se reposer sur son socle, l'impensable se produit : sous les yeux ébahis de l'unique témoin (c'est-à-dire le maître nageur, c'est-à-dire moi), le manche de sécurité cède, et Albertine se retrouve à la dérive. Très vite, elle commence à couler, et appelle à l'aide de ses petits poils noirs et drus.

Je la regarde.
Elle ne me regarde pas (parce que, faut pas abuser, c'est une brosse à chiottes).
Je regarde le manche.
Il ne me regarde pas non plus (parce que, faut pas abuser, c'est le manche d'une brosse à chiottes)
Je re-regarde Albertine.
Et le désespoir m'envahit.

Un flash passe devant mes yeux : faudra-t-il faire appel à un plongeur pour la secourir ? Sous mes yeux de merlu, Albertine s'enfonce de plus en plus sous la surface. Je me dis que j'ai touché le fond avec elle.
Je fais alors ce que n'importe quelle personne saine d'esprit aurait fait à ma place : je la remue mollement du bout du manche. Qu'est-ce que j'espère ? La faire remonter en la faisant rouler ? Cela demanderait une maîtrise parfaite de l'équilibre, maîtrise que je sais ne pas avoir. Et quand bien même, elle ne serait pas sortie de l'auberge : même si elle parvenait à s'échouer sur la plage, qui viendrait la récupérer là ? En dépit de son charisme renversant, j'avais aussi peu envie de la toucher qu'un député du FN un immigré roumain.

C'est alors que je le vis.

Le trou.

Mes yeux allèrent du trou au manche, du manche au trou. [Je vous épargne ici une métaphore sexuelle douteuse, mais vous êtes assez grands pour la faire vous-même]. Entraînée par un élan d'espoir et d'allégresse, croyant enfin entrapercevoir la lumière, je tends le manche à Albertine pour qu'elle s'y agrippe. Elle s'accroche avec l'énergie du désespoir.
Sur ce on passe la fin de cette histoire, je n'ai pas envie de raconter le passage du bouche-à-bouche.

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, j'ai sauvé une vie. Que cela reste gravé dans vos mémoires à tous : aujourd'hui, samedi 26 janvier 2013, Shania a sauvé sa propre vie de la honte et la salissure éternelle. Elle a frôlé les plus bas degrés de la misère humaine pour secourir sa dignité en détresse. Elle va désormais goûter à un repos bien mérité, et a de fait une excuse légitime pour ne pas avoir fini le ménage aujourd'hui, KGB sera bien avisé d'en prendre note.

Notes :
² L'épisode des pommes de terres estivales réfère à un évènement tragique survenu au cours de l'été 2011. Voici les rares témoignages que nous avons pu récolter :
"A l'époque où je vivais encore seule dans mon ancien studio, ma mère avait parfois pour idée saugrenue de m'apporter des trucs à manger, genre pour varier mon alimentation et tout et tout. Je ne sais pas, je pense qu'elle surestimait grandement mes capacités culinaires - c'était une optimiste, ma mère. Enfin, ça l'est toujours, elle est toujours en vie... Enfin je crois. Merde, faudrait que je l'appelle. Bref, toujours est-il qu'une fois, à l'aube de l'été 2011 (ou peut-être beaucoup plus tôt, en fait, j'en ai aucune idée), elle a décidé de m'amener un sac de pommes de terres. Et, je sais pas si je vous l'ai dit, mais je pense qu'elle surestimait grandement mes capacités culinaires - c'était une optimiste, ma mère. Enfin ça l'est toujours, elle est toujours en vie... Enfin... ah, je vous en ai déjà parlé ? Bon ben tant pis alors. Et donc, vu que mon entraînement de classe préparatoire m'avait formée à ne repérer que l'essentiel, et que l'épluchage des patates était clairement hors de ma portée, eh bien, elles avaient purement et simplement disparu de mon monde. Bon. L'été venu, ben, je suis allée passer quelques temps chez ma mère. Et du coup, j'avais abandonné les pommes de terre dans mon studio. Mais elles avaient de quoi se divertir, quand même, hein, y'avait ma bibliothèque qui était pleine, la baie vitrée ouverte pour qu'elles aient de la lumière et de la chaleur, le plein soleil, et puis si elles avaient faim, eh ben elles avaient qu'à se bouffer entre elles. Le truc c'est que, quand je suis revenue, quelques semaines plus tard, horreur. Elles étaient... oh... comment dire... défigurées. Je suis désolée, c'est un peu dur d'en parler. Mais... mais c'était atroce. Il y avait des excroissances qui leur sortaient de partout, leur peau avait tourné au verdâtre, et cette odeur, cette odeur ! Il n'y avait plus rien à faire pour elles. Alors, je leur ai administré les derniers sacrements des pommes de terre, et je les ai enterrées dignement dans la poubelle. Mais là, horreur - encore. Alors que je déplaçais leurs corps pour la cérémonie, j'ai vu quelque chose glisser sous la desserte. Elles avaient été attaquées par des parasites, qui sans aucun doute leur avait sucé la cervelle jusqu'à la moelle ! Des créatures immondes, avec un corps immonde, et des antennes immondes, ah non, en fait je crois qu'elles avaient juste des pattes immondes je suis plus très sûre. Je... j'ai du mal à me rappeler le visage de mes agresseurs, vous comprenez, je suis en état de choc. Et bon, ni une ni deux, bim bim, j'en assomme autant que je peux, c'est pas un crime vous savez, c'est de la légitime défense. Mais y'en a plein qui ont filé, et qui se sont cachées. Et après, ben, je sentais leur présence, je savais qu'elles m'observaient. Parfois, du coin de l'œil, je les entrevoyais, courir vers leur planque après avoir rassemblé des infos sur moi. Je vivais dans l'angoisse du jour où elles allaient sévir de manière concertée. J'ai réussi à en éliminer quelques-unes, au cours de l'année suivante, mais je ne suis jamais parvenue à m'en débarrasser totalement. J'espère que les nouveaux locataires s'entendent bien avec elles. (Qui sait, ils sont peut-être partis d'un meilleur pied que le mien sur leur tête ?)" - Shania Wolf, abrutie affligeante, internée à l'asile de la Colombière.
"Elle avait l'air d'une folle ! Elle poussait des petits cris, elle courait après moi, elle essayait de m'assommer avec un sabot contondant ! Oui, elle essayait de me tuer, ce qu'elle proférait, c'était des menaces de mort ! Elle a eu Frédéric ! Il est mort juste à côté de moi, oh mon Dieu, c'était terrible... et le lendemain ça a été le tour de Roger et d'Eglantine. Pendant un an ça a été l'horreur, on se sentait traqués, à chaque instant. Mireille et moi on avait peur pour les enfants. Finalement, ils sont venus la chercher, vous ne pouvez pas imaginer à quel point nous avons été soulagés. Je pense qu'elle avait un problème psychiatrique, la pauvre, j'ai de la peine pour elle. J'espère qu'ils ne seront pas trop durs avec elles. Les nouveaux locataires ? Ouais, ils sont sympas." - Steeve, BINI (Bestiole Immonde Non Identifiée).


Au prochain épisode, découvrez les aventures inédites d'Antonin le manche à balai célibataire.

lundi 21 janvier 2013

Diary of the dead computer

Ce jour, longtemps pressenti, devait bien finir par arriver.

Ce jeudi 17 janvier, à 8h41, a été déclaré le décès de Shawn, deuxième du nom, à l'âge de deux ans et demi. Au bout du tunnel, la lumière blanche qui inondait son écran. Le massage boutonniaque ne servit à rien. Comme ultime message, laissé en héritage à ceux qui l'ont chéri, un clignement de la touche maj. Alors que son corps l'abandonnait, il voulait encore nous dire quelque chose. Le verdict est tombé comme une guillotine. Cause du décès : CPU failure. On ne pouvait plus rien faire pour lui.
Alors que nous l'autopsions pour inspecter son cœur (KGB persiste à me dire que le processeur est son cerveau, mais enfin si ce n'était pas une crise cardiaque, qu'était-ce donc ?), nous découvrîmes soudain les explications sur son état de santé depuis longtemps dégradé. En arrivant aux poumons, nous comprenons soudain : il souffrait d'une bronchite chronique, à un stade avancé. Il n'y avait rien que nous aurions pu faire pour le sauver. Pourtant, tous les signes étaient là : la dyspnée expiratoire, aggravée par l'effort ; les bruits à l'expiration ; des épisodes de fièvre, qui montait parfois jusqu'à plus de 90 degrés ! Les malaises, la fatigue et même, sur la fin, cette toux productrice d'expectorations, alors que Shawn se débattait pour évacuer de petits nuages de poussières... Et il n'y avait rien qui puisse être fait, car son système ventilatoire souffrait d'une grave malformation : son poumon, plutôt que d'évacuer directement la chaleur produite par les battements de son cœur et sa carte graphique (en attente d'une métaphore, les suggestions sont les bienvenues), ne leur était relié que par une veine de cuivre.
Vous vous en doutez, le recueillement était de rigueur sur ce petit corps démembré. Néanmoins, je fus consolée dans cette perte par la préservation de son âme, et de son esprit. J'ai ainsi arraché à ses entrailles son âme rectangulaire et verte pour pouvoir récupérer, aux confins de sa mémoire, ceux de ses souvenirs qui m'étaient le plus cher : mon CV et ma lettre de motivation. Oui, parce que forcément, non content de planter, il décide de planter au moment où je dois imprimer mon dossier Erasmus. Genre à l'ultime jour. Genre bien sûr même si je m'y prends à l'avance je me retrouve toujours dans la galère à la dernière minute. Genre je sais que je suis pas très organisée mais je t'emmerde. Bref. J'ai donc récupéré son âme verte et rectangulaire (tavu² c'te fois j'ai inversé) pour la transférer... dans le corps de Catalepsy. Muhahahahhahaha (ceci est un rire diabolique, il faut un petit effort d'imagination). Oui. Demandant braillant pour l'assistance de KGB, j'ai obtenu de sa part un démembrement en bonne et dûe forme de Catalepsy, qui s'est vu subsituer son âme par celle de Shawn.
La bête s'est réveillée dans un grincement sinistre (bon, d'accord, un bip de Windows, mais j'essaye de mettre un peu d'ambiance, merde !). Bref, long story short, j'ai récupéré tant bien que mal ces informations par le truchement de Google Drive, je ne souhaite pas revenir dans les détails sur cette expérience douloureuse. Shawn ne parvenant pas à s'incarner totalement dans son nouveau corps, incapable de reconnaître sa propre main branchée en USB. Sa difficulté à communiquer, son besoin d'assistance ethernetoire... La vision était horrifique.
Plus tard, enfin, je récupérais son esprit, encore plus profond dans son être et difficile à se libérer, contenant la partie manquante de sa mémoire. En tout point identique à son âme, mais incapable de s'éveiller seul. KGB en fis l'esclave de l'âme de Carbon Bass (renommé Fail Bass, ce n'est pas ominious du tout, non non). Je pouvais enfin, avec joie, retrouver le sourire tant pleuré de Shawn. Et me rappeler, avec un pincement au cœur, tous les bons moments passés avec lui.

Shawn était un beau spécimen de Pavillion DV7, dont l'écran brillant reflétait le bonheur de vivre et l'envie de gambader dans le net (et surtout la luminosité excessive de mon ancien appartement). Il avait fait la route avec moi alors que je m'élançais vers ma nouvelle vie, enfin affranchie des contraintes familiales du partage d'ordinateur. Au premier jour, il avait pris place sur mon bureau, trônant tel quelque chose de classe. Il avait lentement, leeeenteeeement (il était sous Windows) ouvert les paupières, et m'avait souri. Ce sourire, jamais je ne l'oublierai.
  

Et vingt minutes plus tard il avait fait un malaise.
Un malaise.
Au bout de vingt minutes.

C'était pathétique. La colère et le désespoir m'ont pris, je me sentais spoliée. J'ai bien réessayé de le ranimer ; à chaque fois il retombait dans les vapes au bout d'une poignée de minutes.
C'est comme ça que j'ai eu vent(ilation, aha) de ses problèmes respiratoires. En passant la main dans son dos j'ai senti la fièvre le dévorer de l'intérieur. Dès lors je compris qu'il me faudrait toujours me montrer prudente avec lui. Il ne pouvait pas se faire hospitaliser car il devait travailler et ne pouvait pas se permettre de prendre un congé. Je dus donc veiller sur lui. Toujours m'assurer qu'il pouvait respirer librement ; dans les moments où sa fièvre montait appliquer dans son dos un risotto surgelé encore pris dans la glace du congélateur. Certaines activités lui étaient interdites : Skyrim, Risen ou Dead Space 2 étaient à proscrire. Il devait faire l'objet d'une attention particulière avec League of Legends ou Fable III, et dans les mauvaises périodes, où sa maladie s'aggravait, généralement en été, il fallait aussi le limiter dans ces pratiques-là. En outre, je découvris plus tard qu'il souffrait de troubles de la communication, sa carte Wifi étant parfois incapable d'interagir avec son environnement pendant de cours épisodes, ce qui pouvait s'avérer particulièrement problématique durant une partie de League Of Legends.
Mais mon cœur généreux (et ma bourse à l'inverse) m'ont poussée à recueillir cette créature malade, dont je prendrai soin pendant deux ans et demi.

Au fil du temps, son état s'aggravait de plus en plus. Sa grande maladresse (ahem) lui fit faire de nombreuses chutes, et il se fractura la carcasse à plusieurs reprises. Il perdait aussi peu à peu le sens du toucher. Sa main était par moments insensible, et j'avais beau l'agiter dans tous les sens, il ne réagissait pas. Son ventre, même, perdit de sa sensibilité, au niveau du i, ce qui l'amenait parfois à communiquer de maniière assez bzarre. Même ses cordes vocales semblaient se détériorer, et sa voix me paraissait de plus en plus nasillarde.
Je savais qu'il approchait de la fin.
Je l'ai accompagné jusqu'au bout. Il y a quelques semaines, il a fait une première attaque. Plus rien, que le noir, parfois un soupir, parfois un borborygme incompréhensible, et cette terreur, absolue, de le voir mourir entre mes mains. Je me suis acharnée sur lui, et pendant près d'une heure, j'ai répété les gestes de premiers secours sur son bouton "allumer". Il a finit par se réveiller, à bout de souffle. Je ne sentais plus ma joie... et mon angoisse, aussi. Si cela s'était produit une fois, cela pouvait se produire encore, et ce à n'importe quel moment. Pendant des jours, je vivais dans la peur, je craignais seulement son sommeil, dont je craignais qu'il ne se réveille pas. Puis, le temps passant et Shawn ne montrant plus de signes de faiblesses, je me rassérénais.
Ce fut donc avec le plus total des hébètements que je vis Shawn mourir sous mes yeux.

Un instant il était là, tout pimpant de vie, sur mes genoux.
L'instant d'après il me renvoyait un regard vide.

Que de bons souvenirs me reviennent aujourd'hui alors que je rédige son post-mortem ! Quand nous gambadions ensemble dans les paysages de Telara, quand nous riions devant des animes, quand nous vous parlions ensemble sur ce blog ! Nous mangions ensemble, même, alors qu'il récupérait mes miettes et de temps à autres un peu de sauce. Nous étions tellement liés... Pendant un an et demi, chaque jour, il se glissait dans un sac à mes côtés, et accompagnait mes longues journées de cours. Ma première année de prépa, surtout, fut celle où je partageais le plus avec lui, au fond de la classe, avec Mon Seigneur Maratz.
Mon Seigneur Maratz était le possesseur du frère jumeau de Shawn, Renekton Jr. Tout, dans leur apparence, était à l'identique, néanmoins la santé de Renekton Jr. était bien meilleure. J'étais triste, parfois, de voir à quel point Shawn était à la traîne derrière les siens. Mais je l'aimais quand même, et peut-être d'autant plus. C'était la douce époque où Mon Seigneur Maratz et moi occupions nos journées à essayer de deviner quel champion de League of Legends allait apparaître la minute suivante sur le fond d'écran aléatoire de l'autre. Des épopées palpitantes qui nous laissaient un sentiment d'ivresse.
Puis, Mon Seigneur Maratz s'en est allé avec Renekton Jr., et Shawn et moi nous sommes retrouvés seuls. Nous nous sommes raccrochés l'un à l'autre comme jamais.
C'était l'époque, aussi, où il avait des problèmes digestifs. Je sais que ce n'est pas forcément très élégant de l'évoquer ici, mais cela a aussi participé à sa déchéance. A deux reprises, sont œsophage a pris feu, une fois même en plein cours d'anglais, crachant des flammes roses. Pendant un temps, aussi, il était incapable de déglutir s'il n'avait pas commencé à s'alimenter pendant son sommeil (oui, je sais, cette métaphore filée commence à devenir bizarre). Sur la fin, sa faim était sans fin. Il était incapable de tenir plus de quelques minutes sans alimentation. Son estomac était devenu minuscule, il était incapable d'avaler quoi que ce soit.

Aujourd'hui, je vous écris de Sinéad, sa petite sœur et successeure. Mais il reste un vide. Même si l'âme et l'esprit de Shawn sont toujours vivants, sa présence désincarnée semble si froide... Où est donc le temps où il tenait chaud à mes genoux durant les longues soirées d'hiver ? Nous nous blottissions l'un contre l'autre alors, et j'avais le sentiment que ma peau allait entrer en fusion avec lui.
Sinéad est ravissante, et vive pour son âge, mais elle est petite, très petite, et ne grandira jamais. Elle m'accompagne partout, avec sa taille de guêpe, mais il y aura toujours des choses qu'elle sera incapable de faire. Jamais par exemple elle ne pourra parcourir avec moi les contrées de Tynandra et Brunante, jamais elle ne connaîtra Rammus et ne roulera avec lui. Mais elle peut sonder l'âme et l'esprit de Shawn, et raviver des images, des mots, des rires. Née quelques jours après la mort de son aînée, c'est pourtant comme si elle le connaissait depuis toujours. Je ne peux que contempler avec émotion et admiration un tel lien, tissé entre un mort et une vivante, par-delà les ténèbres et les limbes.

Et m'émouvoir, surtout, de pouvoir récupérer mes fichiers bien-aimés en réseau local.


RIP Shawn : 01/09/2010 - 17/01/2013, tu resteras dans nos cœurs à tous.

lundi 5 novembre 2012

Premiers émois vidéoludiques

L'autre nuit, je me suis prise à rêver d'une partie... d'Hotel Giant. Hotel Giant. De très passable en 2002, ce jeu est devenu mauvais avec son clone de 2008 audacieusement baptisé "2". En matière de jeux de gestion, on est ici face à une babiole parfaitement anecdotique. Mais que voulez-vous, on ne refait pas ses souvenirs.

Pourquoi la mémoire de ce jeu est-elle subitement revenue à la surface vous demanderez-vous (mais si si, vous vous le demandez, ça me permet de faire une introduction, s'il vous plaît) ? Outre le fait que mon ambition secrète (comprendre rêve de petite fille lvl 5) est d'ouvrir un hôtel à Las Vegas, il faut savoir qu'Hotel Giant a participé à mes premiers émois vidéoludiques.

Back in the days when I was 11. Le jour de Noël, j'obtiens de la part de ma grand-mère un étrange paquet, qui me laisse sceptique à l'issue de l'épreuve de la palpation. Je l'ouvre donc et découvre trois jaquettes de jeux vidéo, ce qui éveille en moi une profonde tristesse, que j'éprouve encore en y repensant : je n'ai pas d'ordinateur, ma grand-mère s'est trompée, elle a pris ça pour autre chose, je me sens atrocement mal. C'est comme ça que l'on m'a annoncé qu'on allait acheter un PC "familial" (comprendre que je prêterai occasionnellement à ma mère en surveillant de très près et avec exaspération sa vitesse de frappe), ce qui a certainement dû me réjouir mais qui restera toujours enseveli sous la douleur encore vive de ma première pensée. Non mais vraiment, quelle cruauté, on n'a pas idée !
Bref, quittons ce sujet encore sensible, et venons-en au fait. Ces trois jaquettes, qui m'avaient inspiré tant de désespoir puis tant d'enthousiasme, je m'en souviendrai toute ma vie. Il y avait celle des Chevaliers de Baphomet III : Le Manuscrit de Voynich, de Age of Empire II et, vous l'aurez sans doute deviné, d'Hotel Giant. Je vous annonce donc hautement que le tout premier jeu auquel j'ai joué à titre personnel était le troisième épisode des Chevaliers de Baphomet, dont je garde encore les souvenirs les plus délicieux. Comme cette salle, au début du jeu, dans laquelle je suis restée coincée pas moins de deux heures, avec comme fond sonore un bruit ATROCE de machine qui grésillait, bruit qui qui plus est buggait atrocement si bien que même en quittant le jeu mon ordinateur continuait à ksrksrkser et que j'étais obligée de l'éteindre pour offrir quelque répit à ma conscience endolorie. C'était une époque où je n'avais pas encore internet et où l'Alt-Tab sur jeuxvideo.com ne me libérait pas si facilement d'un concours d'auto-tamponneuses entre mes neurones. Quelquefois je regrette ce temps-là où je me cassais vraiment la tête sur les énigmes sans abandonner d'un haussement d'épaules au bout de 5 minutes de com[cu]binages d'objets infructueux. Mais putain qu'est-ce que j'en ai bavé.
Finalement, au bout d'interminables heures de ksrksrksrtage dans le plus parfait des désespoirs, j'ai poussé une caisse au hasard dans la pièce, j'ai inséré un objet lambda de forme phallique dans une cavité, et c'est comme ça que j'ai compris le principe des jeux d'aventure. Aujourd'hui encore, quand j'entends Brian Basco me dire dans Runaway 2 : The Dream of the Turtle "Je suis toujours étonné de voir ce que j'arrive à accomplir sans savoir ce que je fais", je ne peux m'empêcher d'acquiescer du plus profond de mon cœur.
Mais le pire restait encore les "scènes d'action", et en particulier une dont je garderai toujours le souvenir : Georges Stobbart, notre héros à l'accent bien trop éminemment anglais, devant fuir dans un souterrain le pistolet de Petra, une russe à l'accent non moins douteux. Une scène qui m'aurait fait m'arracher les cheveux si je n'avais pas dû enfoncer la touche "courir". En soi, rien de bien extraordinaire me direz-vous, et c'est aussi ce que j'en ai pensé, jusqu'à ce que le tunnel fasse un PUTAIN DE COUDE DE SA MERE LA GOLDEN RETRIEVER. Car ce qu'il faut savoir, c'est que les Chevaliers de Baphomet, dans leur épisode III, avaient décidé d'abandonner le point & clic classique de leurs débuts au profit d'un déplacement au clavier dans un univers en trois dimensions. Tout benef' et diantrement plus dynamique me direz-vous (oui oui, vous dites beaucoup de choses sans y consentir), et c'est aussi ce que j'en ai pensé, jusqu'à ce que le tunnel fasse un PUTAIN DE COUDE DE SA MERE LA GOLDEN RETRIEVER. Car qui dit coude dit changement de caméra, et qui dit changement de caméra dit que la droite de votre écran devient le bas de votre écran, alors que malheureusement la touche droite de votre clavier reste toujours, inévitablement, la touche droite de votre clavier (j'ai essayé, rien n'y fait). C'est comme ça que j'ai découvert comment activer les touches rémanentes sous XP. Du coup, cet abruti de Georges se prenait systématiquement la paroi en pleine gueule au tournant, avant de se prendre systématiquement la balle de Petra en pleine poitrine en se retournant. Et bien sûr, sans nous épargner le succin mais haut en couleurs accents échange de formalités pré-règlement de compte.
Ceci dit, cela ne vaut pas de jouer aux Chevaliers de Baphomet sur un ordi buggé.

En effet, j'avais voulu à l'époque faire partager ma découverte à mes meilleurs amis, qui semblaient intéressés par le jeu. Le problème, c'est que leur carte graphique semblait, elle, plus que passablement enthousiaste. Ce n'était pas un gros problème en-dehors des cinématiques, mais cela eu la faculté de rendre la scène sus-citée officiellement mythique. Représentez-vous à présent le meurtre auquel j'ai tant de fois assisté : une blondasse menaçant un anglais imberbe d'un flingue, lui lançant un tragique "adieu, Georges" ou quelque chose du genre juste avant que la balle ne parte et ne projette notre héros en arrière sous le coup de l'impact. Bien, bien, ce n'est pas tout à fait ça, mais je ne vais pas ergoter sur votre visualisation. Maintenant, je vais vous demander un petit effort supplémentaire : vous me faites la même, mais avec le son en décalé. Le coup qui part et, cinq bonnes secondes plus tard, Georges qui part en arrière.

C'est la balle la plus lente de toute l'histoire de l'Humanité.

Ou plutôt, c'est à une balle ce que le badminton est au tennis. Mais avec la même force de frappe.
Nous avons beaucoup rit, donc, sur ces images qui allaient défiler devant nous encore et encore jusqu'à ce que finalement, au bout d'interminables souffrances et relais de course touches, notre calvaire (qui fut tout de même nettement moins long que celui que je dus affronter la première fois, en individuel) prenne fin. Nous avons finalement sorti Georges de ce tunnel vivant, et tout cela pour qu'il aille se refoutre le cou dans des emmerdes pas possibles, à base de temples souterrains au milieu de la jungle où faire un pas de travers vous projetait le plafond sur la figure.
Passage d'autant plus crispant que j'ai retapé un quart d'heure de jeu (ça va, je me plains pas, hier j'ai paumé ma sauvegarde de Runaway 2, j'avais rien enregistré en 3h30) juste parce que j'avais sauté un bout de dialogue qui avait l'air important. Je veux dire... Il était là quoi, avec Nico, la jolie brune (il faut bien de la meuf) qui l'accompagnait dans ses aventures, et avec qui tu sentais cette sorte de tension, cette attirance... Il est là, sur le point de risquer sa vie, et il lui dit "Nico, je voulais que tu saches, si jamais il m'arrive quoi que ce soit..."

Un quart d'heure plus tard j'ai découvert ce qu'il avait de si important à lui dire.
Un quart d'heure plus tard j'ai admiré toute l'étendue de ses sentiments.
Un quart d'heure plus tard j'ai voulu tordre son petit cou vidéoludique.

"... je te lègue ma collection de Tintin".
Sale bâtard.
Jamais je n'ai autant détesté un personnage de jeu vidéo.

(Et oui, je sais Georges, ça te laisse sur le cul de te faire traiter de la sorte, mais c'est bien mérité !)


Dans mon souvenir, le reste du jeu s'est passé sans grande encombre, et hormis quelques énigmes résolues plus qu'aléatoirement, c'est resté l'une de mes références favorites.

Pour ce qui est de Age of Empire II, je n'aurai pas grand-chose à raconter, à part peut-être ma grande passion pour les éléphants de guerre perses et, bien entendu, le chant inoubliable des moines.


Sinon, ma grande passion consistait à construire des murs de pierre tout autour des villes ennemies, installer mes trébuchets derrière, détruire tout ce qui passait à portée, puis reconstruire des murs plus près, avancer mes trébuchets et ainsi de suite. Technique de siège très réaliste, vous en conviendrez (oupah).

Quant à Hotel Giant, il faut bien y revenir, il était sans doute très moyen mais il m'a beaucoup amusée. Je passais des heures dans la section "études de marché" qui attisaient en moi un intérêt incompréhensible étant donné l'utilité concrètement limitée de cette section. Je suivais mes clients à longueur de journée et m'acharnait à créer spas et salles de réunion parfaitement symétriques, une manie qui d'ailleurs ne m'a jamais quittée dans aucun jeu de gestion. Je vis comme un échec personnel le fait que mes sims n'aient pas deux chambres aux dimensions identiques et je refuse d'offrir à mes 37 gazelles de Zoo Tycoon plus de place qu'à mes 2 koalas.

Puis, petit à petit, mes aventures vidéoludiques se sont diversifiées, et je ne saurais avoir de souvenirs précis dans la profusion qui suivit. Hormis, peut-être, quand j'ai remis le couvert avec les Chevaliers de Baphomet IV : Les Gardiens du Temple de Salomon. Et non, malgré les excellentes émotions que m'ont procurées les pérégrinations de Georges et Nico dans le précédent opus, je n'ai pas fini ce jeu, et ce pour une raison simple : faute d'ordinateur pour le faire tourner.
C'est drôle deux minutes de voir des mâchoires et des yeux s'agiter dans le vide pendant les cinématiques, mais ça l'est nettement moins quand il s'agit de traverser des scènes en temps limité alors qu'on a un décalage de plusieurs secondes entre les commandes au clavier et l'image à l'écran. Alors quoi ? J'ai fini par me lancer dans les Runaway. Beaucoup plus légers pour ma lopette d'ordi, très agréables, beaucoup d'humour et de références bien trouvées. Chaque personnage est un stéréotype ravissant, notre héros n'est pas toujours très malin, et l'auto-dérision fait loi. Mais quoi..!
Pour moi il leur manquera toujours d'être les Chevaliers de Baphomet.

Les souvenirs ont ce pouvoir-là d'écraser même la raison.
J'aimerai toujours Hotel Giant.